« POÈME À MON FRÈRE BLANC » DE LÉOPOLD SÉDAR SENGHOR

SenghorLéopold Sédar Senghor

Le poète francophone africain Léopold Sédar Senghor est né dans un village du Sénégal  (ex-colonie française) en 1906 dans une famille catholique aisée.  Pendant son enfance, il vit au contact de la nature et des traditions tribales de son village, avant de s’installer à Dakar puis à Paris pour compléter ses études.  On dit que Senghor a une culture double: d’un côté la culture qu’il a reçue de part ses origines et d’autre côté la culture qu’il a acquise en apprenant le latin, le français etc… En France, où il devient enseignant, il noue des relations amicales avec des étudiants d’origine africaine et antillaise et élabore le concept de « Négritude »  qui désigne l’ensemble des caractéristiques et valeurs culturelles des  peuples de race noire, revendiquées comme leur étant propres, ainsi que l’appartenance à cette race. Ce sont les années où Senghor commence à composer des poèmes en français sur l’Afrique, ses traditions, ses valeurs. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il est prisonnier de guerre en Allemagne et, après la Libération, il entreprend la carrière politique. Élu député du Sénégal, il devient président de la République en 1960 lorsque le Sénégal obtient son indépendance, charge qu’il occupe jusqu’en 1979. En 1983, il est élu à l’Académie française (une institution de France dont la fonction est de normaliser et de perfectionner la langue française). Il meurt en 2001 à l’âge de quatre-vingt-quinze ans. Respecté et admiré dans son pays comme en Europe, Senghor s’affirme en tant qu’homme du dialogue, favorable à un rapprochement étroit et constructif avec la France.

Voilà un de ses poèmes les plus connus « Poème à mon frère blanc« . Dans ce poème, le poète nous fait réfléchir sur le thème du racisme. Sans être polémique, il renverse le modèle du monde moderne, où l’homme blanc est au centre de tout et l’homme noir est qualifié de « homme de couleur », en sens péjoratif.

    Poème à mon frère blanc blancnoir

Cher frère blanc,
Quand je suis né, j’étais noir,
Quand j’ai grandi, j’étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.

Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.

Alors, de nous deux,
Qui est l’homme de couleur ?

 Voici le poème récité par des élèves français:

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« LIBERTÉ  » DE PAUL ÉLUARD

PEPaul Éluard (1895/1952) est un poète engagé.

Il a participé aux mouvements créateurs artistiques tels que le Dadaïsme et le Surréalisme avec ses amis Breton, Dalí, Picasso, et Man Ray.

Pendant la Seconde Guerre mondiale il milite dans la Résistance. Le recueil « Poésie et vérité » (1942) s’ouvre sur cet hymne à la liberté qui comporte aussi les intonations d’un hymne à l’amour. Paul Éluard avait en effet écrit ce poème pour sa femme Nusch mais il avait ensuite remplacé son nom par ce qui comptait le plus pour lui: la liberté. Il a écrit ce poème contre l’occupation nazie en France. Le poème est parachuté (avec les caisses de munitions) par les avions anglais à des milliers d’exemplaires sur le territoire de la France occupée et  devient le cri de ralliement de tous ceux qui restent fidèles à la France libre.

Dès 1944, Francis Poulenc l’a mis en musique.

Liberté

Sur mes cahiers d’écolier                          Léger
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois                                                   Composition de Fernand Léger
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffées d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

LIBERTÉ

Analyse du poème

Il s’agit d’un poème  long, mélodieux et répétitif pour  marquer les esprits.

Il a la forme d’une litanie monotone  qui fait attendre et éclater à la fin  le mot liberté, comme une révélation. Toutes les 21  strophes ont la même composition: trois vers qui commencent par « sur » et le refrain « J’écris ton nom ». La dernière strophe a une force particulière, elle est totalement différentes des autres, le rythme est cassé: elle commence par le «et» comme une attaque, cela marque une rupture. Le mot Liberté est mis en valeur, car il est à la fin, seul.

Le poète énumère les lieux, réels ou imaginaires, sur lesquels il écrit le mot liberté.

Il y a une progressivité entre les strophes: enfance (de strophe 1 à 4), jeunesse et
adolescence, âge adulte. Cela marque l’ omniprésence de la liberté tout au long de la vie du poète.

Vidéo:

Écoutez le poème récité par Paul Éluard lui-même
Le poème mis en musique par les Enfoirés…
… et  par le chanteur argentin Jairo: écoutez!

Écriture créative

Écris toi-même deux strophes sur le modèle du poème de Paul Éluard en utilisant un vocabulaire concret et abstrait. Invente aussi la dernière strophe à la manière du poète.

« LIBERTÉ » DE MAURICE CARÊME

Liberté

Maurice Carême (1899-1978) est un poète belgeMaurice-

Biographie :

Maurice Carême est né le 12 mai 1899 à Wavre, d’un père peintre en bâtiment et d’une mère épicière, il a deux sœurs et deux frères. Il passe son enfance à Wavre. À 19 ans, il écrit ses premiers vers inspirés par une amie d’enfance. Il devient instituteur de métier en 1918, tout en continuant à écrire comptines et poésies. Après une période de futurisme (1928-1932), il revient à une poésie simple à destination de la jeunesse. En 1937, le poète s’installe à Anderlecht (Belgique) où il passera le reste de sa vie. À partir de 1943, il se consacre pleinement à la littérature. Il habitera surtout, avenue Nelly-Melba, une maison dite « La Maison blanche » à Anderlecht, aujourd’hui Musée Maurice Carême. Il meurt le 13 janvier 1978 à 79 ans.

Analyse du poème

C’est un poème classique de 5 strophes de 4 vers chacune.
Chaque vers contient 5 pieds et les rimes sont  de type AB-AB (sauf à la fin).

Dans ce poème,  le poète parle de liberté à travers le voyage. C’est une invitation à découvrir le monde, à connaître de nouveaux horizons sans avoir peur de l’inconnu.

La « liberté » d’après Maurice Carême impose une échappée vers l’horizon: « partez au loin! ». Il invite à partir et toujours aller de l’avant vers l’avenir afin d’accomplir tous les désirs: « Suivez votre rêve ».  De plus, le poète souligne l’importance d’être sans attachement « Le monde appartient à ceux qui n’ont RIEN » afin que l’homme puisse découvrir pleinement le monde si diversifié qu’il ne connaît pas: « Il est des chemins Inconnus des hommes […] si aériens ». Le choix de la liberté est finalement entre les mains de tout homme: «dans le creux des mains». Libre à lui de changer son présent et de prendre son envol!

Voici une vidéo pour écouter le poème en chanson. C’est le chanteur français Grégoire qui l’a mis en musique.

PASSE À L’ACTION!

Fais un dessin pour illustrer le poème.

« LES ENFANTS QUI S’AIMENT » DE JACQUES PRÉVERT

Prevert

Jacques Prévert est né en 1900 à Neuilly-sur-Seine et il est mort en 1977.  Dès quatorze ans, il décide d’arrêter l’école et incorpore la marine en 1917, où il se découvre une passion pour la littérature. Un peu plus tard, il est séduit par les idées surréalistes que défendent des hommes tels que Desnos, Breton ou encore Arragon, et notamment leur anticonformisme à l’égard de l’écriture traditionnelle.
C’est après la Seconde Guerre Mondiale que Prévert publie ses premiers recueils qui sont Paroles et Spectacle. Grâce à son écriture pleine d’humour, de tendresse et de simplicité, il devient la figure emblématique de la poésie populaire française.
Le poème Les enfants qui s’aiment est justement tiré de son recueil Spectacle (1951).

Les enfants qui s’aiment

Les enfants qui s’aiment s’embrassent debout
Contre les portes de la nuit
Et les passants qui passent les désignent du doigt
Mais les enfants qui s’aiment
Ne sont là pour personne
Et c’est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit
Excitant la rage des passants
Leur rage, leur mépris, leurs rires et leur envie
Les enfants qui s’aiment ne sont là pour personne
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
Bien plus haut que le jour
Dans l’éblouissante clarté de leur premier amour.

Réponds oralement aux questions suivantes:

1. Qui sont les personnages qui s’opposent dans le poème?
2. Que font les enfants qui s’aiment?
3. Que font les passants ?
4. Quels sont les sentiments des passants ? Ils éprouvent…
5. Les enfants qui s’aiment s’aperçoivent des réactions qu’ils suscitent ?

 Pour écouter le poème, clique sur le lien ci-dessous:

VIVE LA POÉSIE!

Activité pour les classes de quatrième.

Le « Printemps des poètes »  est une manifestation francophone créée en 1999 et elle se déroule en France et au Québec habituellement au mois de mars, quelques jours avant l’arrivée du printemps. Elle incite le plus grand nombre à célébrer la poésie.

printemps des poètes

Cette année, pour la dix-septième édition, le thème mis en avant c’est « l’insurrection poétique ».  Mais c’est quoi « l’insurrection poétique? »
Voilà la définition de Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes :

« Fait de langue, la poésie est aussi, et peut-être d’abord, « une manière d’être, d’habiter, de s’habiter » comme le disait Georges Perros.
Parole levée, vent debout ou chant intérieur, elle manifeste dans la cité une objection radicale et obstinée à tout ce qui diminue l’homme, elle oppose aux vains prestiges du paraître, de l’avoir et du pouvoir, le vœu d’une vie intense et insoumise. Elle est une insurrection de la conscience contre tout ce qui enjoint, simplifie, limite et décourage. Même rebelle, son principe, disait Julien Gracq, est le « sentiment du oui ». Elle invite à prendre feu. »

Parmi les manifestations proposées sur l’ensemble du territoire français, il sera proposé :
– des expositions ;
– des lectures à voix haute faite par un comédien ou un amateur de poésie.
– des lectures à la radio.
– des lectures en musique ou chantées.
– des lectures dans le noir.
– des lectures en classe pour les enfants.
– mais aussi dans le bus, le métro, les commerces…

Source: http://www.printempsdespoetes.com/

La Poésie et nous …

Pourquoi tu aimes la poésie ?

J’aime la poésie parce que…

– si la prose est le corps des mots, la poésie en est l’âme.

– la poésie, ce sont des sentiments.

– j’aime les poèmes, les écouter et les chanter. Ils me font vivre.

– la poésie, c’est joli, c’est doux.

– la poésie, c’est la joie, la colère, la tristesse.

– c’est beau, ça fait rêver.

– c’est aimer, écouter, regarder.

– c’est chouette ! Quand on lit, on ressent des choses.

– pour moi, c’est un monde et ça me fait voyager, ça me fait bouger, ça m’apprend des choses.

– c’est comme une chanson.

PASSE À L’ACTION!

• Si tu veux lire des poèmes en français sur le thème du « printemps« , clique sur le lien ci-dessous:

http://www.poetica.fr/categories/printemps/

Tu peux t’en inspirer pour écrire ton propre poème!